La Société se préoccupe beaucoup des droits de l’enfance : on parle beaucoup de l’enlèvement, de vente, de la traite de l’enfant, on veut le protéger contre l’exploitation sexuelle, le travail , la consommation de drogues…; on veut le préserver de la pédophilie, de la violence scolaire, on veut sécuriser leur espace…
Mais la Société passe sous silence une forme d’exploitation à laquelle sont soumis les enfants quotidiennement, et dès leur plus jeune âge : la merchandisation, c’est à dire le marketing et la publicité, vecteurs de l’idéologie de la société de consommation.
Et pourtant, une « Convention internationale des droits de l’enfant » a été promulguée et adoptée par l’ONU le 20 novembre 1989, qui est entrée en vigueur le 2 septembre 1990 .
Au premier janvier 2000, 191 pays l’avait ratifiée, signée ou y avaient accédée…
Et qu’est-ce qu’elle dit cette Convention ? Entre autres que les Etats doivent « protéger les enfants contre toute forme d’exploitation préjudiciable à tout aspect de son bien-être »…et aussi que les parents ou ceux qui en sont responsables « doivent être guidés avant tout par l’intérêt supérieur de l’enfant »
Quand Reebook fait signer par son département marketing un contrat publicitaire avec un enfant de 3 ans ½, , est ce que c’est vraiment l’intérêt supérieur de l’enfant qui est en jeu ? , Prend t-on vraiment en compte sa dignité, l’ épanouissement harmonieux de sa personnalité ?
Le marché des enfants représente dans le monde des milliards de dollars. En France on évalue à 3 milliards d’euros le pouvoir d’achat des enfants.
Certaines sociétés consacrent près de 80% de leur investissement en communication à la cible des 12-20 ans.
On estime que les 11-17 ans influe pour 95 milliards d’euros la consommation des familles.
Les cabinets d’étude étudient à la loupe le comportement des enfants sur leur lieu de vie , ils dissèquent leur spontaneité, leur comportement, la manière dont ils agissent quand ils veulent arriver à leurs fins, pour reproduire ensuite dans les spots « l’effet caprice » ;
Autre exemple de marketing, distiller dans les spots publicitaires « la raison » que les enfants pourront invoquer pour se faire acheter le gadget, le vêtement ou la nourriture que les firmes veulent leur vendre ».
Un exemple : le téléphone portable. On facilite l’achat via le prétexte sécuritaire. «Achète m’en un , comme ça , maman, tu toujours rester en contact avec moi ! »
Ou encore ridiculiser l’adulte pour situer l’enfant en position de force, voir de tyran ; et discréditer l’autorité parentale….
La liste des moyens mis en œuvre par les publicitaires pour décerveler les enfants est longue et évolue tous les jours. Le marketing atteint aujourd’hui une sophistication dans la méthodologie que le grand public est loin d’imaginer. Les industriels, en plus des cabinets d’étude, emploient sociologues, psychologues, psychiatres pour arriver à leur fins : nous faire acheter des produits en titillant nos névroses et en exploitant nos désirs.
Parmi les dernière-née de ces méthodes : le neuromarketing, une science qui adapte les sciences d’exploration du fonctionnement du cerveau à des fins publicitaires. On utilise le fait que notre motivation d’achat est localisé dans ce qu’on appelle le cerveau reptilien, c’est à dire la zone la plus primaire de notre esprit !
Le vecteur idéal de ce dressage à consommer passe par un media particulièrement bien adapté : la télévision.
Les enfants passent en moyenne 2 heures par jour devant l’écran, le plus souvent seuls. Ils absorbent 20.000 spots par an.
Les chaînes pour enfants se se sont multipliées, elles sont au nombre de 14.Elles permettent aux publicitaires de mieux cibler les parts de marché par tranches d’âges et de garder l’enfant sous contrôle aux différentes étapes de sa croissance.
Ainsi dès leur plus jeune âge, nos enfants sont dans le collimateur mercantile des industriels qui mettent tout en œuvre, y compris d’énormes budgets que nous retrouvons d’ailleurs dans le prix des produits, pour faire de nos enfants des « consommateurs » compulsifs et aliénés.
Leur méthodes sont assimilables et identiques à celles pratiquées par les sectes :
Exploitation des névroses, des désirs, perte de repaires, manipulation, endoctrinement et dépendance !
Pour terminer, je me permettrais d'interpeller nos politiques:
puisqu'il est de mode dans le discours politique, de motiver des réformes en s’en réferant aux autres nations, et de citer en exemple telle ou telle institution, tel ou tel dispositif en vigueur ailleurs, et tellement efficace, nous nous permettons à notre tour de vous en citer un : la Suède.
Sachant qu’avant l’adolescence l’esprit critique des enfants est en formation et n’est donc pas apte à déjouer derrière la séduction , la manipulation de la publicité :
Etes -vous prêts aujourd’hui à légiférer comme l’a fait la Suède qui préserve ses enfants de moins de 12 ans des agressions publicitaires et a banni de la télévision toutes les publicités visant cette tranche d’âge.
Etes vous prêts à interdire dans le contenu même des spots de faire figurer des personnes ou des personnages jouant un rôle de premier plan dans les émissions enfantines, ou de mettre en scène des enfants prescripteurs.
Etes vous prêts à mettre en place des chaines sans publicité pour les enfants, comme c’est le cas en Allemagne ou en Grande Bretagne ?
Certains politiques proposent de « responsabiliser les parents » qui démissionnent et n’exercent plus leur autorité, voir même de leur enlever les allocations familiales.
Etes-vous prêts aujourd’hui à « responsabiliser les industriels et les publicitaires » qui délivrent en permanence des messages qui sapent l’autorité parentale, manipulent nos enfants dans le seul but d’en faire des « consommateurs » ?
Nous vous recommandons de lire - ou relire- l’article 36 de la convention internationale des droits de l’enfant, à savoir que l’enfant a le droit d’être protégée contre toute forme d’exploitation.