Paru le Mercredi 12 décembre 2007 sur le blog de Cerise B
Forcément, quatorze chaînes pour enfants en France, ce n’était pas assez ! Voilà donc que depuis le 16 octobre, Baby First, une nouvelle chaîne ciblant les enfants de 6 mois à 3 ans, disponible en France ! Baby First, label international qui a déjà essaimé dans 28 pays et 73 millions de foyers, s’entoure à chaque nouveau lancement d’un comité d’experts de la petite enfance (je serais très curieux de savoir combien ces “experts” sont payés pour débiter autant d’âneries). Lors de son lancement en France, la caution “scientifique” est venue du magazine PsychoEnfants.
Baby First s’est aussi dégoté aussi un alibi professionnel : cette fois, c’est Marc Teissier, l’ex-président de France Télévisions qui délivre le blanc-seing audiovisuel. Et puis, plastronne Sharon Rechter, “il n’y aura aucune publicité à l’antenne”. Les revenus seront générés par l’abonnement au pack famille de CanalSat et la vente de produits dérivés comme des DVD. Enfin, l’équipe de Baby First cite une étude américaine de mai dernier, selon laquelle “90 % des bébés de 2 ans regardent régulièrement la télé”, alors autant que les programmes soient adaptés.
Bha voyons ! Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier alu !
Messieurs de Baby First, l’étude il faut la lire JUSQU’AU BOUT … et tout particulièrement la conclusion qui explique qu’un bébé collé devant la télé avant l’âge de 3 ans a toute les chances plus tard avoir du mal à fixer son attention, se montrer agressif, voire de connaître un développement cognitif anormal
According to Dimitri Christakis, codirector of the Child Health Institute at the University of Washington, “The more TV babies watch, the more likely they are to have attentional problems later in life.” Christakis cites a long-term study that tracked children from age 1 through age 7. It found that for each additional hour of daily TV viewing before age 3, a child’s chances of later developing problems paying attention increased 10%.
Quel que soit le niveau social, de plus en plus, la télé devient une baby-sitter … et on est en droit de se demander si elle n’est pas en train de nous préparer une jolie génération de décérébrés bercés trop près du petit écran !
Un tout petit ne peut se construire que dans une relation corporelle en 3 dimensions, sensorielle et motrice avec le monde. Il a besoin de pouvoir bouger, interagir, prendre des objets, les lâcher. Or, la télé le rend captif. Il tend les bras, essaie en vain de toucher l’objet qui s’affiche à l’écran. Son un champ visuel n’étant pas aussi large que celui d’un adulte, il a des difficultés à appréhender les situations qu’il voit à l’écran : face à un personnage qui fait le même pas sur un fond qui défile, il ne comprend pas qu’il se déplace. Il est aussi agressé par les mouvements d’objets allant du fond de l’écran vers l’avant, jusque vers deux ans et demi. Et il ne peut établir le lien entre ce qu’il voit et ce qu’il entend, donc réagit fortement aux sons. Face à ce bombardement de bruits et d’images, il va essayer en grandissant de se raccrocher à des repères, en l’occurrence au personnage qui le représente le mieux. Après trois ans, les enfants actifs vont s’identifier au personnage le plus actif, les passifs résignés au personnage ayant ces tendances, les redresseurs de tort aux redresseurs de tort.
Le docteur Cousineau, pédiatre canadien, insiste aussi sur le problème de la sédentarité et de l’embonpoint chez les enfants qu’elle qualifie de “gros problème”. Après avoir rappelé que les habitudes, se crées tôt dans la vie, elle dit que l’enfant assis devant la télé à partir de 0 an apprend que, dans la vie, on est assis devant la télé. “On crée très tôt une habitude qui sera quasi impossible de se défaire”.
Phil B.